FOCUS
Publié le 23/10/2026
L’un des stades les plus connus de France porte le nom d’un joueur ayant excellé dans les deux « rugbys ». Son patronyme est d’autant plus célèbre qu’il est cité et repris en chœur par des milliers de supporters lors de la fameuse «Peña Baiona ». Si avec ces indices vous n’avez pas trouvé, sachez qu’il s’agit de Jean Dauger. En effet, l’ex-centre et ouvreur fut international à XIII et à XV et, après avoir débuté à l’Aviron Bayonnais, il pratiqua durant 5 ans le rugby à XIII sous les couleurs de Roanne. Grand espoir du XV, il fit le choix de rejoindre ses frères tentés à l’époque par l’aventure de cette discipline nouvelle importée d’Angleterre par un certain Jean Galia. Après cette parenthèse, Dauger revient plus fort que jamais au XV, remportant le bouclier de Brennus 1943 avec les Basques et révolutionnant son poste, inventant le fameux « cadrage débordement » qui sera sa marque de fabrique.

Cette escapade à XIII, Dauger la doit notamment à un certain Jean Galia. Figure (controversée) du XV, cet athlète complet qui a également été champion de France de boxe chez les lourds, a décidé d’importer ce « néo-rugby » au milieu des années 30. Champion de France avec Quillan en 1929, l’ex deuxième ligne international (20 sélections avec les Bleus) fait un peu figure de révolutionnaire. Ardent défenseur du XIII, il ne fera pas demi-tour et terminera sa carrière de joueur puis deviendra entraîneur et dirigeant avant de décéder subitement d’une crise cardiaque à seulement 43 ans en 1949.
Longtemps les deux disciplines se sont boudées. Si dans les autres pays les vases communicants ont très bien fonctionné, en France peu de joueurs ont pu pratiquer à haut niveau le XIII et le XV. Toutefois, s’il y a bien un joueur qui fut l’incarnation de ce passage réussi, il s’agit de Fabrice Estebanez. Le natif de Carcassonne aux 8 sélections avec les Bleus a longtemps évolué chez les « cousins ». Des débuts dans l’Aude, pour suivre la trace de son père René qui lui a transmis la passion du XIII, avant des sélections en équipe nationale et 5 années à haut niveau sous les couleurs de Limoux puis de Toulouse. Débarqué à XV sous le maillot de Gaillac, avec qui il remporte la Fédérale 1, Fabrice Estebanez a une révélation. La suite fut une belle carrière, le centre passant par Brive, le Racing 92, Grenoble et le LOU avant de devenir aujourd’hui l’entraîneur de la défense du Castres Olympique.

S’il y a bien un club en France qui a su tirer profit de l’apport d’ex-joueurs à XIII, c’est bien le RC Toulon. Sur la Rade, ces profils de joueurs alliant rugosité et toucher de balle ont automatiquement matché avec la culture du jeu local. Ainsi, parmi les ex-treizistes de renom ayant arboré le muguet sur le cœur, on retrouve : Sonny Bill Williams, Chris Ashton, Luke Rooney ou encore un certain Tana Umaga. Dans cette liste de stars, le premier à avoir tenté l’aventure varoise fut Tana Umaga en 2006.

74 sélections avec les All Blacks et surtout un potentiel pour le XV qui fut détecté à son jeune âge tandis qu’il évoluait avec les Baby-Kiwi (moins de 19 ans à XIII). La superstar venue jouer en PRO D2 en a attiré d’autres et notamment un « ovni » du nom de Sonny Bill Williams. En 2008, son passage de la NRL (le championnat professionnel de rugby à XIII le plus prestigieux au monde) a l’effet d’un tremblement de terre. Le RCT tente un sacré pari qui va se révéler payant puisqu’à la suite de son passage dans le Var, jusqu’en 2010, il remportera les Coupes du Monde 2011 et 2015 avec les All Blacks. Au-delà du palmarès, SBW apportera aussi son bagage technique en étant considéré comme le principal importateur du fameux « offload » dans le jeu à XV.
Durant cette période, les recruteurs toulonnais ont eu le nez creux en approchant également un certain Luke Rooney. L’imposant trois-quarts quitte aussi le XIII pour le XV en 2008 afin de s’installer sur la Rade. L’ex-international Kangaroos (6 sélections) fera deux piges à Toulon entre 2008 et 2010 puis de 2011 à 2013. Les succès des ex-treizistes inspirent les dirigeants varois qui font signer en 2017 un ouragan nommé Chris Ashton. En une saison, l’Anglais passé par Wigan et comptant 4 sélections à XIII avec l’Angleterre, déferle sur la France. Il bat le record d’essais marqués sur une saison (24) et s’en va après un ultime « Ash Splash », un impressionnant plongeon en guise de célébration resté imprimé dans les mémoires.
Les expériences toulonnaises ont visiblement convaincu d’autres joueurs de XIII de tenter l’aventure. Ainsi, plus récemment on a vu par exemple Ngani Laumape ou Duncan Paia’aua rejoindre le TOP 14 et actuellement on peut citer le centre du Racing 92 Joseph Manu, auteur d’un doublé contre Lyon cette saison. Dans la lignée de relations renforcées, deux clubs partagent même un stade et non des moindres. En effet, le Stade Toulousain et le TO XIII évoluent désormais tous les deux sur la pelouse d’Ernest-Wallon. Les quinzistes prêtant leur terrain historique aux treizistes et des séances d’entraînement communes étant parfois organisées afin d’échanger et d’extraire le meilleur des deux « rugby ».